Vous avez reçu un avis d’imposition trop élevé. Ou peut-être traversez-vous une période financière difficile et vous ne savez pas comment réagir face à votre dette fiscale.
Dans ces deux situations, le dégrèvement d’impôt peut représenter une vraie solution. Encore faut-il savoir à qui il s’adresse, comment formuler la demande et dans quels délais agir.
Pas de souci ! Ce guide vous explique tout, de façon concrète et dans le bon ordre.
Dégrèvement d’impôt : de quoi parle-t-on exactement ?

Avant d’entamer toute démarche, il est utile de bien comprendre ce que recouvre ce terme. Il est souvent confondu avec d’autres notions fiscales qui désignent pourtant des réalités bien distinctes.
Une définition simple
Un dégrèvement d’impôt, c’est une réduction du montant que vous devez payer au fisc. Cette réduction peut être totale ou partielle. Elle peut intervenir automatiquement, sans démarche de votre part.
Elle peut aussi résulter d’une initiative que vous engagez vous-même auprès de l’administration. Dans les deux cas, une partie — ou la totalité — de votre dette fiscale est effacée.
Les 3 types de dégrèvement à bien distinguer
Il n’existe pas un seul type de dégrèvement, mais trois. Les confondre peut vous faire perdre du temps ou passer à côté d’une démarche utile.
- Le dégrèvement d’office est appliqué automatiquement par le fisc, sans démarche de votre part. Il intervient lorsqu’une erreur de calcul est détectée ou qu’une loi prévoit une réduction pour une catégorie précise de contribuables.
- Le dégrèvement sur réclamation contentieuse est initié par vous. Vous contestez le montant de votre impôt parce que vous estimez qu’il contient une erreur. L’administration est alors tenue de vous répondre dans un délai légal.
- Le dégrèvement gracieux, enfin, fonctionne autrement. Vous ne contestez pas le montant en lui-même : vous reconnaissez la dette, mais vous sollicitez une remise en raison de difficultés financières. L’administration n’est pas obligée d’accepter.
Dégrèvement, exonération, remise gracieuse : quelles différences ?
Ces notions circulent souvent ensemble. Ce tableau permet de les distinguer clairement.
| Notion | Définition | Automatique ou sur demande | Condition principale |
|---|---|---|---|
| Dégrèvement | Réduction ou annulation d’un impôt déjà établi | Les deux | Erreur, loi ou situation exceptionnelle |
| Remise gracieuse | Abandon total ou partiel d’une dette fiscale | Sur demande uniquement | Difficultés financières avérées |
| Exonération | Dispense totale de paiement d’un impôt | Souvent automatique | Appartenance à une catégorie légalement définie |
| Réduction d’impôt | Diminution calculée sur le montant de l’impôt dû | Automatique (déclaration) | Dépenses ouvrant droit à l’avantage fiscal |
Le dégrèvement intervient après que l’impôt a été établi. La réduction d’impôt, elle, est intégrée dès le calcul dans votre déclaration. Ce n’est pas du tout la même logique.
Quels impôts sont concernés par un dégrèvement ?
Tous les impôts ne sont pas éligibles. Le savoir vous évite des démarches inutiles et vous oriente d’emblée vers la bonne procédure.
Le dégrèvement de taxe foncière
La taxe foncière concentre la grande majorité des demandes de dégrèvement, notamment pour les propriétaires âgés ou en situation précaire.
Le dégrèvement automatique de 100 euros s’applique aux propriétaires âgés de 65 à 75 ans, sous condition de revenus.
En 2025, le plafond est fixé à 12 455 euros de revenu fiscal de référence pour une part fiscale, avec une majoration par demi-part supplémentaire.
Les personnes de plus de 75 ans peuvent bénéficier d’une exonération totale sur leur résidence principale, sous les mêmes conditions.
Par ailleurs, un dégrèvement peut être demandé si votre logement est resté vacant pendant au moins trois mois consécutifs pour une raison indépendante de votre volonté, notamment en cas de bien mis en vente sans trouver preneur ou de logement sinistré.
Le dégrèvement d’impôt sur le revenu
L’impôt sur le revenu peut faire l’objet d’un dégrèvement dans plusieurs situations : erreur de calcul de l’administration, changement de situation personnelle non pris en compte ou difficultés financières avérées.
Depuis le prélèvement à la source, les ajustements se font plus facilement en cours d’année, mais cela n’empêche pas de demander un dégrèvement rétroactif si une anomalie est découverte tardivement.
D’autres mécanismes peuvent aussi alléger votre charge fiscale sur les revenus. C’est notamment le cas de la CSG déductible, qui réduit directement votre base imposable sans nécessiter de réclamation formelle auprès du fisc.
Le dégrèvement de la Cotisation Foncière des Entreprises (CFE)
Les professionnels ne sont pas oubliés. La CFE peut faire l’objet d’un dégrèvement pour les professions légalement exonérées : artisans, agriculteurs, auto-entrepreneurs sous certains seuils, enseignants à domicile.
Si vous avez reçu un avis de CFE malgré votre statut, vous avez le droit de contester. La demande se fait par courrier recommandé au SIE, avec le formulaire Cerfa 14031 pour une exonération permanente ou le Cerfa 10694*19 pour une exonération temporaire.
Ce qui n’est pas dégrèvable
Certains impôts sont exclus du champ du dégrèvement gracieux. La TVA, l’IFI et les droits d’enregistrement ne peuvent pas faire l’objet d’une remise.
Quant à la taxe d’habitation, elle a été supprimée pour les résidences principales depuis 2023. Ces précisions vous évitent des démarches vouées à l’échec.
Qui peut demander un dégrèvement d’impôt ? Les conditions d’éligibilité

La question que tout le monde se pose en premier est simple : suis-je concerné ? La réponse dépend entièrement de votre situation, car il n’existe pas de profil unique.
Les situations qui ouvrent droit à un dégrèvement
L’administration fiscale reconnaît plusieurs motifs valables.
Une erreur dans le calcul de l’impôt est le motif le plus solide. Si votre avis contient une anomalie manifeste — revenus mal comptabilisés, situation familiale non mise à jour, bien immobilier mal évalué — vous avez le droit de le contester formellement.
Les difficultés financières avérées constituent un deuxième motif recevable pour une remise gracieuse. Il ne suffit pas d’affirmer ne pas pouvoir payer : il faut le prouver.
Un dossier de surendettement, une attestation Pôle Emploi ou des relevés bancaires déficitaires renforcent considérablement votre demande.
Un événement exceptionnel de vie peut aussi être invoqué : décès du conjoint, invalidité survenue en cours d’année, divorce entraînant une baisse brutale des revenus. Ces situations modifient profondément la capacité contributive d’une personne. L’administration en tient compte.
Ce qui ne justifie pas un dégrèvement
Trouver son impôt trop élevé ne suffit pas. L’administration n’accorde pas de dégrèvement sur la base d’une simple insatisfaction. Il faut un motif documenté.
Un retard de paiement ne donne pas non plus automatiquement droit à un dégrèvement : il peut, en revanche, justifier une demande de délai ou une remise des pénalités. Enfin, c’est votre revenu fiscal de référence qui est examiné, pas votre patrimoine ou vos économies.
Comment faire une demande de dégrèvement d’impôt ?
C’est souvent ici que tout se joue. Une demande bien préparée a beaucoup plus de chances d’aboutir qu’un courrier envoyé à la hâte.
Étape 1 : rassembler les bons justificatifs
La qualité de votre dossier détermine en grande partie l’issue de votre demande. L’administration n’est pas tenue d’accorder une remise gracieuse : elle le fait sur la base des éléments que vous lui fournissez.
Si vous invoquez une erreur de calcul, joignez votre avis d’imposition contesté et tout document prouvant l’anomalie.
Si vous invoquez des difficultés financières, fournissez vos trois derniers relevés bancaires, votre dernier avis d’imposition et les justificatifs de vos charges courantes.
Ajoutez, le cas échéant, une attestation Pôle Emploi, un dossier de surendettement ou un arrêt de travail prolongé.
Si vous invoquez un événement de vie exceptionnel, joignez l’acte de décès du conjoint, la notification d’invalidité ou le jugement de divorce. Un dossier incomplet est la première cause de refus.
Étape 2 : choisir le bon canal de demande
Trois voies sont possibles. La voie en ligne est la plus rapide : connectez-vous à votre Espace Particulier sur impots.gouv.fr et utilisez la messagerie sécurisée.
Cette option laisse une trace écrite datée, utile en cas de suivi. La voie postale reste valable si vous préférez un courrier recommandé avec accusé de réception.
La voie en agence, enfin, vous permet de déposer le dossier directement au guichet — demandez un récépissé de dépôt dans tous les cas.
Étape 3 : adresser votre demande au bon interlocuteur
Envoyer votre demande au mauvais service entraîne des délais inutiles. Les particuliers s’adressent au Service des Impôts des Particuliers (SIP). Les professionnels s’adressent au Service des Impôts des Entreprises (SIE).
Dans le cas particulier d’un redressement prononcé par une Direction de Contrôle Fiscal (DIRCOFI), la demande doit être adressée directement au directeur de cette direction.
Quels délais pour une demande de dégrèvement ?
Les délais sont souvent la partie la plus redoutée. Une fois qu’on les connaît, il suffit de les anticiper pour ne pas se retrouver hors délai.
Délai pour déposer votre réclamation
Chaque impôt a son propre délai de réclamation. Passé cette date, votre demande sera irrecevable.
| Type d’impôt | Délai pour déposer la réclamation |
|---|---|
| Impôt sur le revenu | 31 décembre de la 2e année suivant la mise en recouvrement |
| Taxe foncière | 31 décembre de l’année suivant la mise en recouvrement |
| CFE | 31 décembre de l’année suivant la mise en recouvrement |
| Erreur de l’administration | 31 décembre de l’année suivant la découverte de l’erreur |
Délai de réponse de l’administration fiscale
Pour une remise gracieuse, l’administration a deux mois pour statuer. Le silence vaut refus.
Pour une réclamation contentieuse, le délai est de six mois, prorogeable de trois mois supplémentaires sur notification écrite.
Dans tous les cas, conservez la preuve de dépôt de votre demande : c’est elle qui fait courir le délai.
Quand espérer le remboursement ?
Si votre demande est acceptée, les modalités varient. Si l’impôt n’est pas encore réglé, la correction est directement appliquée à votre avis.
S’il est déjà payé, le remboursement intervient dans les semaines qui suivent la décision. Pour le prélèvement à la source, comptez deux à trois mois. Si l’erreur provenait de l’administration, vous pouvez en outre réclamer des intérêts de retard.
Dégrèvement refusé : quels recours ?
Un refus n’est pas une fin en soi. Des voies de recours existent, accessibles à tous, gratuites et sans obligation d’avocat.
Saisir le conciliateur fiscal départemental
C’est le recours le plus accessible et le moins connu. Chaque département dispose d’un conciliateur fiscal dont la mission est de trouver une solution amiable.
La saisine est gratuite, sans représentation obligatoire. Cette démarche est particulièrement utile lorsque vous estimez que votre dossier n’a pas été examiné avec suffisamment d’attention.
Recourir au tribunal administratif
Si la voie amiable n’a pas abouti, vous pouvez saisir le tribunal administratif de votre lieu d’imposition. Vous disposez de deux mois à compter du refus explicite.
Au-delà, votre recours est irrecevable. L’assistance d’un avocat n’est pas obligatoire, bien qu’elle soit recommandée pour les affaires complexes.
Faire appel au médiateur de Bercy
Le médiateur des ministères économiques et financiers est une autorité indépendante peu connue, pourtant efficace. Il intervient lorsque la voie amiable a échoué.
La saisine est gratuite sur mediateur.bercy.gouv.fr et son intervention est souvent plus rapide qu’une procédure judiciaire.
Voici les questions les plus posées sur le dégrèvement

Un dégrèvement est-il imposable ?
Non. Si l’administration vous rembourse un impôt indûment perçu, ce remboursement n’est pas soumis à l’impôt. En revanche, les intérêts de retard versés par le fisc peuvent, dans certains cas, être imposables. Il est conseillé de vérifier votre situation auprès de votre centre des finances publiques.
Peut-on demander un dégrèvement rétroactivement ?
Oui, dans les délais légaux. Pour l’impôt sur le revenu, vous avez jusqu’au 31 décembre de la deuxième année suivant la mise en recouvrement. Si l’erreur vient de l’administration, le délai court à partir de la date de découverte de l’anomalie. Au-delà, la demande est irrecevable.
Faut-il toujours faire la demande soi-même ?
Pas toujours. Certains dégrèvements sont appliqués automatiquement, comme le dégrèvement de 100 euros sur la taxe foncière pour les personnes âgées entre 65 et 75 ans. D’autres nécessitent une démarche de votre part. En cas de doute, vérifiez votre avis d’imposition. Si la réduction attendue n’y figure pas, initiez vous-même la demande.
Le dégrèvement est-il accordé systématiquement si les conditions sont remplies ?
Pour les dégrèvements prévus par la loi, oui : si vous remplissez les conditions, l’administration est tenue de les appliquer. Pour les remises gracieuses, en revanche, l’administration dispose d’un pouvoir discrétionnaire. Elle prend en compte votre situation globale et vos antécédents fiscaux. D’où l’importance d’un dossier solide et bien argumenté.
En résumé
Le dégrèvement d’impôt n’est pas réservé à une catégorie particulière de contribuables. C’est un droit ouvert à toute personne confrontée à une imposition erronée ou à une situation financière qui ne lui permet plus d’honorer sa dette fiscale.
Trois réflexes suffisent. Vérifiez systématiquement vos avis d’imposition. Agissez dans les délais, sans attendre les relances.
Et si votre demande est refusée, ne concluez pas que tout est terminé : des recours existent, et ils sont plus accessibles qu’on ne le croit.



