En 2026, des milliers de retraités ont découvert sur leur bulletin de février une pension nette plus faible qu’attendu. La cause est souvent la même : un changement de taux de CSG, consécutif à la revalorisation de +5,3 % des pensions intervenue en janvier 2024.
Le barème, lui, n’a progressé que de +1,8 %. Ce décalage a suffi à faire franchir un seuil à de nombreux foyers, sans gain de pouvoir d’achat réel à la clé.
Pour éviter les mauvaises surprises — ou corriger celles qui sont déjà survenues — voici un tour complet de la CSG en 2026 : taux, barème officiel par parts fiscales, mécanismes de protection, et démarches concrètes en cas d’erreur.
Ce que la CSG prélevée sur votre pension finance réellement

La contribution sociale généralisée existe depuis 1991. Elle finance la Sécurité sociale — assurance maladie, prestations familiales, branche autonomie — ainsi que l’assurance chômage via l’Unédic depuis 2019.
Contrairement à l’impôt sur le revenu, la CSG est proportionnelle : un taux unique s’applique sur l’ensemble de la pension brute, sans progressivité par tranches.
Le prélèvement est automatique, opéré directement par la caisse de retraite. Beaucoup de retraités ne le réalisent qu’en comparant leur pension brute et leur pension nette — parfois avec surprise.
Sur votre bulletin, trois lignes de prélèvements sociaux peuvent apparaître :
- La CSG : le prélèvement principal, de 0 % à 8,3 % selon les revenus.
- La CRDS : taux unique de 0,5 %, jamais déductible de l’impôt sur le revenu.
- La CASA : 0,3 %, applicable uniquement aux taux médian (6,6 %) et normal (8,3 %).
À cela s’ajoute, pour les retraites complémentaires Agirc-Arrco aux taux médian et normal, une cotisation d’assurance maladie (COTAM) de 1 %. Le prélèvement total peut ainsi atteindre 9,1 % de la pension brute — soit 182 € par mois sur une pension de 2 000 € brut.
Les 4 taux de CSG applicables
Le taux de CSG dépend d’un seul critère : votre revenu fiscal de référence (RFR) de 2024, figurant à la ligne 25 de votre avis d’imposition reçu à l’été 2025.
Taux zéro (0 %) — exonération totale
Aucun prélèvement social sur la pension brute. Environ 29 % des retraités en bénéficiaient en 2024. L’exonération est automatique : les caisses reçoivent les données directement de la DGFiP, sans démarche du retraité.
Taux réduit (3,8 %) — le seul intégralement déductible
Ce taux s’applique aux retraités à revenus modestes, juste au-dessus du plancher d’exonération. Son avantage méconnu : la totalité des 3,8 % prélevés est déductible du revenu imposable.
Son coût net est donc inférieur à ce qu’il paraît en première lecture. Pour bien comprendre le fonctionnement de cette CSG déductible et son impact précis sur votre déclaration de revenus, les règles méritent d’être maîtrisées, car elles diffèrent selon le taux appliqué.
Taux médian (6,6 %) — un taux intermédiaire rétabli en 2019
Sur ce taux, 4,2 % sont déductibles du revenu imposable. Les 2,4 % restants ne le sont pas — ils restent définitivement à la charge du retraité, sans contrepartie fiscale. Ce point est souvent mal compris et peut générer des erreurs sur la déclaration d’impôts. La CASA de 0,3 % s’applique à ce niveau.
Taux normal (8,3 %) — le plafond des prélèvements sociaux
Ajouté à la CRDS et à la CASA, le prélèvement total atteint 9,1 %. Sur ce taux, 5,9 % sont déductibles et 2,4 % ne le sont jamais. Sur une pension de 2 000 € brut, la CSG déductible permet de réduire la base imposable de 1 416 € par an — une économie d’environ 155 € d’impôt pour un retraité imposé à 11 %.
Barème CSG : seuils de RFR par parts fiscales (France métropolitaine)
Le barème a été revalorisé de +1,8 % en 2026, conformément à l’évolution des prix à la consommation constatée pour 2024. Source : lettre interministérielle du 11 décembre 2025, publiée par l’Assurance retraite.
| Parts fiscales | Exonération (0 %) | Taux réduit (3,8 %) | Taux médian (6,6 %) | Taux normal (8,3 %) |
|---|---|---|---|---|
| 1 part | RFR ≤ 13 048 € | 13 049 € – 17 057 € | 17 058 € – 26 471 € | ≥ 26 472 € |
| 1,5 part | RFR ≤ 16 532 € | 16 533 € – 21 611 € | 21 612 € – 33 538 € | ≥ 33 539 € |
| 2 parts | RFR ≤ 20 016 € | 20 017 € – 26 167 € | 26 168 € – 40 604 € | ≥ 40 605 € |
| 2,5 parts | RFR ≤ 23 500 € | 23 501 € – 30 790 € | 30 791 € – 47 669 € | ≥ 47 670 € |
| 3 parts | RFR ≤ 26 984 € | 26 985 € – 35 413 € | 35 414 € – 54 735 € | ≥ 54 736 € |
Chaque demi-part supplémentaire au-delà de 3 parts majore le seuil d’exonération de 3 484 €.
Retraités des DOM : les retraités domiciliés en Guadeloupe, Martinique, La Réunion ou Guyane sont soumis à des seuils plus élevés qu’en métropole. À revenus égaux, un retraité des DOM peut relever d’un taux inférieur à celui d’un retraité métropolitain.
Le simulateur de l’Agirc-Arrco distingue trois zones géographiques et permet d’obtenir les bons seuils selon le territoire de résidence. Les retraités domiciliés à Mayotte relèvent d’une contribution spécifique de 4,47 % versée à la CSSM, qui obéit à des règles différentes.
Le décalage de deux ans : pourquoi votre RFR 2024 compte en 2026
En 2026, c’est le revenu fiscal de référence de 2024 qui détermine le taux de CSG — et non celui de 2025 ou 2026. Ce décalage est prévu par la loi : l’administration fiscale a besoin de temps pour calculer les données et les transmettre aux caisses de retraite.
L’effet concret en 2026 est direct. Les pensions ont été revalorisées de +5,3 % en janvier 2024. Cela a gonflé mécaniquement le RFR 2024 de nombreux foyers. Mais le barème 2026 n’a progressé que de +1,8 %.
Pour les retraités dont le RFR se situait juste sous un seuil, ce décalage a pu suffire à changer de taux — sans que leur pouvoir d’achat réel n’ait progressé.
À noter : l’abattement de 10 % sur les pensions (plafonné à 4 321 € par foyer pour les revenus 2024) s’applique au revenu imposable, mais pas au revenu fiscal de référence.
Le RFR est donc systématiquement supérieur au revenu imposable chez les retraités. Cette différence peut atteindre plusieurs milliers d’euros et faire apparaître un taux de CSG plus élevé que ce à quoi le retraité s’attendait.
Le mécanisme de lissage sur 2 ans : votre filet de sécurité
L’article L136-8 du Code de la Sécurité sociale prévoit une protection importante : le passage du taux réduit (3,8 %) vers un taux supérieur ne s’applique que si le RFR dépasse le seuil lors de deux années consécutives.
Un dépassement ponctuel, lié par exemple à la revalorisation de 2024, ne déclenche pas immédiatement le changement de taux.
En revanche, la règle est asymétrique : une baisse de taux est toujours immédiate. Dès que le RFR repasse sous un seuil, le taux inférieur s’applique l’année suivante, sans condition de durée.
Exemple : Marie est retraitée seule. Son RFR 2023 était de 16 500 €, en dessous du seuil du taux médian de 2025. Son RFR 2024 atteint 17 200 €, légèrement au-dessus du seuil 2026 (17 057 €). Grâce au lissage, elle reste au taux réduit en 2026. Le changement n’interviendra qu’en 2027 si son RFR 2025 dépasse à nouveau le seuil.
Les pièges méconnus qui font payer trop de CSG

La case 2OP : un levier à tester avant de valider la déclaration
La case 2OP concerne les revenus de capitaux mobiliers (dividendes, intérêts, assurance-vie…). En la cochant, on opte pour le barème progressif plutôt que pour le prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 %. Ce choix permet de déduire la CSG de 6,8 % prélevée sur ces revenus du capital, ce qui peut réduire le RFR — parfois suffisamment pour rester sous un seuil.
L’effet est cependant variable selon le profil. Pour certains retraités, cocher 2OP fait au contraire monter le RFR. La bonne pratique consiste à simuler les deux options avant de valider la déclaration. Si vous êtes à la limite d’un seuil, cette vérification peut représenter plusieurs centaines d’euros d’économie annuelle sur les prélèvements sociaux.
Les revenus patrimoniaux qui gonflent le RFR sans y penser
Le revenu fiscal de référence ne se limite pas aux pensions. Il inclut les loyers perçus, les dividendes, les plus-values immobilières et, en cas de cumul emploi-retraite, les revenus d’activité.
Un retraité percevant des loyers modestes peut ainsi voir son RFR franchir un seuil alors que sa seule pension resterait en dessous. Raisonner en termes de revenus du foyer, et non uniquement de pension, est indispensable pour anticiper son taux.
Un revenu exceptionnel en 2024 peut peser sur 2026
Une vente immobilière, le déblocage d’un capital, ou un héritage perçu en 2024 ont pu gonfler ponctuellement le RFR 2024.
Même si ces revenus ne se reproduisent pas, leur effet sur le RFR est réel et se traduit par un taux de CSG potentiellement plus élevé en 2026. Le mécanisme de lissage peut atténuer cet effet si le RFR 2023 était lui, en dessous du seuil concerné.
Votre taux est mal appliqué ? Voici comment réclamer
Des erreurs dans l’application du taux de CSG surviennent — RFR mal transmis par la DGFiP, changement de situation non pris en compte, régularisation tardive de l’Agirc-Arrco. Dans tous les cas, le retraité dispose de recours concrets.
La première étape consiste à vérifier le taux appliqué. Trois méthodes sont disponibles : consulter l’attestation de paiement sur l’espace personnel de l’Assurance retraite (lassuranceretraite.fr), comparer directement son RFR 2024 au barème officiel en tenant compte du nombre de parts et de la zone de résidence, ou utiliser le simulateur de l’Agirc-Arrco qui intègre le mécanisme de lissage.
En cas d’erreur confirmée, il faut contacter la caisse de retraite par écrit — courrier recommandé ou messagerie sécurisée — en joignant l’avis d’imposition justifiant le taux correct.
Le délai légal de réclamation est de deux ans à compter du prélèvement contesté (article R196-1 du Livre des Procédures Fiscales). En cas de trop-prélevé reconnu, des intérêts moratoires peuvent être dus par l’administration (article L208 LPF).
Selon le régime :
- Salariés du privé (retraite de base) : Carsat de votre région ou Cnav — lassuranceretraite.fr
- Retraite complémentaire : Agirc-Arrco — agirc-arrco.fr
- Fonctionnaires territoriaux et hospitaliers : CNRACL — cnracl.retraites.fr
- Fonctionnaires d’État : Service des Retraites de l’État — retraitesdeletat.gouv.fr
- Professions libérales : CNAVPL ou caisse spécifique à la profession
Ce qui ne change pas en 2026 : les taux restent stables
Les taux eux-mêmes — 0 %, 3,8 %, 6,6 %, 8,3 % — n’ont pas évolué. Seuls les seuils du barème ont été revalorisés de +1,8 %. Un gel des barèmes avait été envisagé par le gouvernement Lecornu, dans la continuité des propositions du gouvernement Bayrou. Cette mesure n’a pas été retenue par les parlementaires.
La revalorisation, même modeste, est donc bien effective — ce qui est globalement favorable aux retraités à revenus modestes.
La CSG sur les retraites n’a pas changé de nature en 2026, mais ses effets individuels peuvent être significatifs selon la position de chaque foyer par rapport aux seuils du barème.
La clé est de connaître précisément son RFR, de comprendre le mécanisme de lissage, et de ne pas négliger les pièges comme la case 2OP ou l’impact des revenus patrimoniaux.
Une vérification de dix minutes sur votre avis d’imposition et le simulateur officiel peut éviter plusieurs années de trop-prélevé.



